B

 

Balade, s. f. « promenade, flânerie, » dit Alfred Delvau. C’est vrai ; mais pour les typographes, la balade est quelque chose de plus ; c’est une promenade au bout de laquelle il y a un déjeuner, un dîner, ou tout au moins un rafraîchissement ; c’est aussi une promenade au hasard et sans but déterminé ; mais il arrive presque toujours que l’un des baladeurs ait une idée lumineuse et entraîne ses camarades dans quelque guinguette renommée.

 

Balader (se), v. pr. Flâner, se promener ans but déterminé.

 

Baladeur, adj. Qui aime à se balader, à faire une balade.

 

Balle (Enfant de la), s. m. Ouvrier compositeur dont le père était lui-même typographe, et qui, depuis son enfance, a été élevé dans l’imprimerie. L’origine de cette expression, qui est passée dans la langue vulgaire, est assez peu connue. Elle vient de ce que, avant l’invention, on se servait, pour encrer les formes, de tampons ou de balles.

 

Banque, s. f. Paye des ouvriers. Le prote fait la banque aux metteurs en pages, qui, à leur tour, la font aux paquetiers. Ce mot entre dans plusieurs locutions. Par exemple, on dit : La banque a fouaillé, pour indiquer que le patron n’a pas payé au jour dit. Être bloqué à la banque, c’est ne rien recevoir. Faire banque blèche s’emploie dans le même sens.

 

Barbe, s. f. « La barbe, dit l’auteur de Typographes et gens de lettres, c’est ce moment heureux, ce moment fortuné, qui procure au malheureux une douce extase et lui fait oublier ses chagrins, ses tourments et sa casse. Que ne trouve-t-on pas dans la dive bouteille ? pour tous, elle est un soulagement aux travaux aux travaux ennuyeux ; pour quelques-uns, un moyen de distraction ; d’autres y cherchent l’oubli, un certain nombre l’espérance. » La barbe a des degrés divers. Le coup de feu est la barbe commençante. Quand l’état d’ivresse est complet, la barbe est simple ; elle est indigne quand le sujet tombe sous la table, cas extrêmement rare. Il est certains poivreaux qui commettent la grave imprudence de promener leur barbe à l’atelier ; presque tous deviennent alors pallasseurs, surtout ceux qui sont taciturnes à l’état sec.

 

Barboter, v. a. voler des sortes dans la casse de ses camarades. Se dit souvent à la place de fricoter et de piller.

 

Barboteur, s. m. Synonyme de Fricoteur et de Pilleur de boîtes.

 

Bardeau, s. m. Casseau contenant diverses sortes d’un même caractère.

 

Bassin, s. m. Homme ennuyeux. Ce mot appartient aussi à l’argot parisien et n’est pas spécial à la typographie : Tais-toi, vieux bassin. On dit aussi bassinoire.

 

Batiau, s. m. Le jour du batiau est celui oò le compositeur fait son bordereau et arrête son compte de la semaine ou de la quinzaine. Parler batiau, c’est parler des choses de sa profession, c’est-à-dire, pour les typographes, des choses de l’imprimerie.

 

Batt, adv. Très bien. Peu usité. Orthographe douteuse.

 

Battage, s. m. Plaisanterie, mensonge ; synonyme de montage.

 

Batteur, s. m. Qui fait des mensonges, des battages.

 

Battre le briquet, v. Heurter la lettre au compositeur avant de l’y laisser tomber. MM. les compositeurs ne sont pas exempts de tics dans l’accomplissement de leur tâche. Il en est de très préjudiciables à la rapidité du travail et conséquemment au gain qui en résulte. Quelques compositeurs mettent en mouvement tous leurs membres, tandis que le bras droit seul doit agir ; d’autres s’y reprennent à deux fois pour saisir leur lettre ; d’autres piétinent ; mais le défaut le plus commun est battre le briquet.

 

Bê ! bê ! Cri d’appel imitant le bêlement du mouton, que poussent, dans quelques ateliers, au coup de quatre heures, les imprimeurs et conducteurs altérés.

 

Bêcher, v. a. Dire du mal de quelqu’un ; faire des cancans sur son compte. Ce mot, dont le sens est à peu près le même que celui de Casser du sucre, n’est pas particulier au langage des typographes, non plus que cette dernière expression.

 

Becqueter, v. a. Manger ; synonyme de Boulotter.

 

Béquet, s. m. Hausse en papier que l’imprimeur ajoute à la mise en train ou place sous un cliché. Composition de quelques lignes. Ce mot est emprunté au langage des cordonniers, pour lequel il signifie Petit morceau de cuir joint à la semelle.

 

Bergère, s. f. Dans la langue typographique, comme dans les autres argots, ce mot désigne une femme.

 

Bibasse (LA), s. f. Nom familier sous lequel était désignée la Société typographique de Lyon.

 

Bibassier, s. m. Qui a l’habitude de boire, de bibasser (du latin bibere) ; ivrogne. Signifie plutôt maintenant radoteur, maussade, tatillon, gourgousseur : Vieux bibassier, va !

 

Bibelot, s. m. En imprimerie, on donne ce nom aux travaux de peu d’importance, tels que factures, lettres de mariage, billets de mort, etc. Ces travaux sont aussi appelés bilboquets, et mieux ouvrages de ville.

 

Bibelotier, s. m. C’est l’ouvrier spécial chargé de faire les bibelots. Pour lui, les règles adoptées en typographie sont lettre morte. Il doit avant tout assimiler et faire ressortir l’idée du client, sans s’inquiéter des règles ordinaires. Le bibelotier est le metteur en œuvre des puffistes et des charlatans du jour. Il est l’inventeur de ces réclames bizarres qui forcent l’attention ; c’est lui qui a imaginé la disposition des billets de la loterie du lingot d’or et autres balançoires.

 

Bibi (à). Expression équivalente à celle-ci : À Charenton ! Bibi est ici l’abréviation de Bicêtre, asile d’aliénés pour les fous qui ne peuvent payer de pension. On envoie à Bibi ceux dont les pallas sont ou paraissent insensés.

 

Bilboquet, s. m. V. Bibelot.

 

Blèche (Faire), v. Amener un coup nul au jeu des cadratins. Par extension, faire banque blèche, c’est ne pas toucher à la banque.

V. Banque.

 

Bloquer, v. a. Remplacer provisoirement un signe typographique dont on manque par un autre de même force. Par extension, Manquer, faire défaut, faillir. Bloquer le mastroquet, c’est ne pas payer le marchand de vin.

 

Boche (Tête de boche), s. f. Tête de bois. Ce terme est spécialement appliqué aux Belges et aux Allemands, parce qu’ils comprennent assez difficilement, dit-on, les explications des metteurs en pages, soit à cause du manque de vivacité intellectuelle, soit à cause de la connaissance imparfaite qu’ils ont de la langue française et de leur impardonnable ignorance de l’argot typographique.

 

Bœuf, s. m. Colère, mécontentement ; synonyme de Chèvre. V. ce mot. Ajoutons cependant que le bœuf est un degré de mécontentement plus accentué que la chèvre. Le bœuf est une chèvre à sa plus haute puissance. Gober, avoir un bœuf, Être contrarié, se mettre en colère.

 

Bœuf, s. m. Composition de quatre ou cinq lignes qu’un compagnon fait gratuitement pour son camarade momentanément absent. S’emploie presque exclusivement dans les journaux. On disait autrefois Tocage.

 

Bœufier, s. m. Facile à mettre en colère ; qui gobe facilement son bœuf.

 

Boire de l’encre. C’est la situation fâcheuse à laquelle paraît réduit un frère qui, invité à prendre sa part d’une consommation, arrive quand la fiole a été vidée rubis sur l’ongle. Dans son désappointement, il ne manque pas de s’écrier : Est-ce que vous croyez que je vais boire l’encre ? Non, car on fait alors porter aussitôt une autre fiole.

 

Boîte, s. f. Imprimerie, et particulièrement Mauvaise petite imprimerie. C’est une boîte, dit un vieux singe ; il y a toujours mèche, mais hasard ! au bout de la quinzaine, banque blèche. Casse. Faire sa boîte, c’est distribuer dans sa casse. Pilleur de boîtes ou fricoteur, celui qui prend, à l’insu ou au détriment de ses compagnons, et dans leurs casses, les sortes de caractères les plus courantes dans l’ouvrage qu’il compose, et qui manquent au pilleur ou qu’il a déjà employées. V. Planquer les sortes.

 

Bon, s. m. Épreuve sur laquelle l’auteur écrit : Bon à tirer, c’est-à-dire bon à imprimer. Cette épreuve est lue une dernière fois, après l’auteur, par le correcteur en seconde ou en bon.

 

Bon (avoir du), v. Avoir de la composition non portée sur le bordereau, et qu’on garde pour la compter à la prochaine banque. C’est le contraire du salé.

 

Bonhomme (Faire), v. Se dit, au jeu des cadratins, quand l’un d’eux, par un hasard inouï, reste debout. Ce coup merveilleux annule le coup de blèche.

 

Bonnet, s. m. Espèce de ligue offensive et défensive que forment quelques compositeurs employés depuis longtemps dans une maison, et qui ont tous, pour ainsi dire, la tête sous le même bonnet. Rien de moins fraternel que le bonnet. Il fait la pluie et le beau temps dans un atelier, distribue les mises en pages et les travaux à ceux qui en font partie d’abord, et, s’il en reste, aux ouvriers plus récemment entrés qui ne lui inspirent pas la crainte. Le bonnet est tyrannique, injuste et égoïste, comme toute coterie. Il tend, Dieu merci ! à disparaître ; mais c’est une peste tenace.

 

Boulage, s. m. Rebuffade, refus.

 

Bouler, v. a. Refuser, mal accueillir, repousser.

 

Boulotter, v. intr. Manger, Aller boulotter, c’est aller prendre son repas. Cette expression est commune à d’autres argots.

 

Bourdon, s. m. Omission d’un mot, d’un membre de phrase ou même d’une phrase. Ces omissions exigent souvent un grand travail pour être mises à leur place quand la feuille est en pages et imposée dans les châssis. V. Jacques (Aller à Saint-), Aller en Galilée, en Germanie.

Le bourdon défigure le mot ou la phrase d’une façon plus ou moins complète. On raconte que la guerre de Russie, en 1812, fut occasionnée par un bourdon. Le rédacteur du Journal de l’Empire, en parlant d’Alexandre et de Napoléon, avait écrit : « L’union des deux empereurs dominera l’Europe. » Les lettres sont ion furent omises, et la phrase devint celle-ci : « L’UN des deux empereurs dominera l’Europe. » L’autocrate russe ne voulut jamais croire à une faute typographique. Avouons-le tout bas, nous sommes de son avis ; car les trois lettres tombées au bout d’une ligne c’estÉ phénoménal.

L’exemple suivant n’est que comique : il montre que le bourdon peut donner quelquefois à de risibles quiproquos ; nous copions textuellement une lettre adressée au directeur du Grand Dictionnaire :

« Monsieur, accoutumé à trouver dans votre encyclopédie tout ce que j’y cherche, je me suis étonné de ne pas y voir figurer le mot matrats, qui est pourtant un mot français, puisqu’il se trouve dans le fragment de la Patrie que je joins à ma lettre. Agréez, etc. »

Voici maintenant le passage du journal auquel il est fait allusion :

« La cérémonie était imposante. Toutes les notabilités y assistaient ; on y remarquait notamment des militaires, des membres du clergé, des matrats, des industriels, etc. »

M. X*** ne s’était pa aperçu du bourdon d’une syllabe et s’était torturé l’esprit à chercher le sens de matrats, quand un peu de perspicacité lui eôt permis de rétablir le mot si français de magistrats.

 

Bourdonniste, s. m. Celui qui fait habituellement des bourdons.

 

Bourreur de lignes, s. m. Ouvrier qui compose particulièrement des lignes pleines ou courantes, telles que celles des journaux, des labeurs, des brochures, etc. Se prend en bonne ou mauvais part. Un bon bourreur de lignes est celui qui compose habituellement et vite la ligne courante. Dire d’un ouvrier qu’il n’est qu’un bourreur de lignes, c’est dire qu’il n’est propre qu’à ce genre de besogne, qu’il ne pourrait faire ni titres, ni tableaux, ni d’autres travaux exigeant une parfaite connaissance du métier.

 

Bouteille à l’encre, s. f. Nom que l’on donne à l’imprimerie en général, à cause de la difficulté que présente la vérification des comptes, lorsque les corrections d’auteurs sont nombreuses.

 

Briquet (Battre le). V. Battre.

 

Briser, v. intr. Mettre bas, cesser le travail. Se dit particulièrement dans les commandites.

 

Brisure, s. f. Suspension momentanée de travail accordée aux compositeurs des journaux vers le milieu de leur besogne. Au Rappel, la pige dure six heures avec une BRisure d’une demi-heure à dix heures. La grande brisure est la cessation définitive du travail, le journal étant achevé.

 
     
 

b

 

balade, s. f. "promenade, flanerie," dit alfred delvau. c'est vrai; mais pour les typographes, la balade est quelque chose de plus; c'est une promenade au bout de laquelle il y a un dejeuner, un diner, ou tout au moins un rafraichissement; c'est aussi une promenade au hasard et sans but determine; mais il arrive presque toujours que l'un des baladeurs ait une idee lumineuse et entraine ses camarades dans quelque guinguette renommee.

 

balader (se), v.pr. flaner, se promener ans but determine.

 

baladeur, adj. qui aime a se balader, a faire une balade.

 

balle (enfant de la), s. m.ouvrier compositeur dont le pere etait lui-meme typographe, et qui, depuis son enfance, a ete eleve dans l'imprimerie. l'origine de cette expression, qui est passee dans la langue vulgaire, est assez peu connue. elle vient de ce que, avant l'invention, on se servait, pour encrer les formes, de tampons ou de balles.

 

banque, s. f.paye des ouvriers. le prote fait la banque aux metteurs en pages, qui, a leur tour, la font aux paquetiers. ce mot entre dans plusieurs locutions. par exemple, on dit: la banque a fouaille, pour indiquer que le patron n'a pas paye au jour dit. etre bloque a la banque, c'est ne rien recevoir. faire banque bleche s'emploie dans le meme sens.

 

barbe, s. f. "la barbe, dit l'auteur de typographes et gens de lettres, c'est ce moment heureux, ce moment fortune, qui procure au malheureux une douce extase et lui fait oublier ses chagrins, ses tourments et sa casse. que ne trouve-t-on pas dans la dive bouteille? pour tous, elle est un soulagement aux travaux aux travaux ennuyeux; pour quelques-uns, un moyen de distraction; d'autres y cherchent l'oubli, un certain nombre l'esperance." la barbe a des degres divers. le coup de feu est la barbe commencante. quand l'etat d'ivresse est complet, la barbe est simple; elle est indigne quand le sujet tombe sous la table, cas extremement rare. il est certains poivreaux qui commettent la grave imprudence de promener leur barbe a l'atelier; presque tous deviennent alors pallasseurs, surtout ceux qui sont taciturnes a l'etat sec.

 

barboter, v. a.voler des sortes dans la casse de ses camarades. se dit souvent a la place de fricoter et de piller.

 

barboteur, s. m.synonyme de fricoteur et de pilleur de boites.

 

bardeau, s. m.casseau contenant diverses sortes d'un meme caractere.

 

bassin, s. m.homme ennuyeux. ce mot appartient aussi a l'argot parisien et n'est pas special a la typographie: tais-toi, vieux bassin. on dit aussi bassinoire.

 

batiau, s. m.le jour du batiau est celui ou le compositeur fait son bordereau et arrete son compte de la semaine ou de la quinzaine. parler batiau, c'est parler des choses de sa profession, c'est-a-dire, pour les typographes, des choses de l'imprimerie.

 

batt, adv. tres bien. peu usite. orthographe douteuse.

 

battage, s. m.plaisanterie, mensonge; synonyme de montage.

 

batteur, s. m.qui fait des mensonges, des battages.

 

battre le briquet, v.heurter la lettre au compositeur avant de l'y laisser tomber. mm.les compositeurs ne sont pas exempts de tics dans l'accomplissement de leur tache. il en est de tres prejudiciables a la rapidite du travail et consequemment au gain qui en resulte. quelques compositeurs mettent en mouvement tous leurs membres, tandis que le bras droit seul doit agir; d'autres s'y reprennent a deux fois pour saisir leur lettre; d'autres pietinent; mais le defaut le plus commun est battre le briquet.

 

be! be! cri d'appel imitant le belement du mouton, que poussent, dans quelques ateliers, au coup de quatre heures, les imprimeurs et conducteurs alteres.

 

becher, v. a.dire du mal de quelqu'un; faire des cancans sur son compte. ce mot, dont le sens est a peu pres le meme que celui de casser du sucre, n'est pas particulier au langage des typographes, non plus que cette derniere expression.

 

becqueter, v. a.manger; synonyme de boulotter.

 

bequet, s. m.hausse en papier que l'imprimeur ajoute a la mise en train ou place sous un cliche. composition de quelques lignes. ce mot est emprunte au langage des cordonniers, pour lequel il signifie petit morceau de cuir joint a la semelle.

 

bergere, s. f.dans la langue typographique, comme dans les autres argots, ce mot designe une femme.

 

bibasse (la), s. f.nom familier sous lequel etait designee la societe typographique de lyon.

 

bibassier, s. m.qui a l'habitude de boire, de bibasser (du latin bibere); ivrogne. signifie plutot maintenant radoteur, maussade, tatillon, gourgousseur: vieux bibassier, va!

 

bibelot, s. m.en imprimerie, on donne ce nom aux travaux de peu d'importance, tels que factures, lettres de mariage, billets de mort, etc. ces travaux sont aussi appeles bilboquets, et mieux ouvrages de ville.

 

bibelotier, s. m.c'est l'ouvrier special charge de faire les bibelots. pour lui, les regles adoptees en typographie sont lettre morte. il doit avant tout assimiler et faire ressortir l'idee du client, sans s'inquieter des regles ordinaires. le bibelotier est le metteur en oeuvre des puffistes et des charlatans du jour. il est l'inventeur de ces reclames bizarres qui forcent l'attention; c'est lui qui a imagine la disposition des billets de la loterie du lingot d'or et autres balancoires.

 

bibi (a). expression equivalente a celle-ci: a charenton! bibi est ici l'abreviation de bicetre, asile d'alienes pour les fous qui ne peuvent payer de pension. on envoie a bibi ceux dont les pallas sont ou paraissent insenses.

 

bilboquet, s. m. v.bibelot.

 

bleche (faire), v.amener un coup nul au jeu des cadratins. par extension, faire banque bleche, c'est ne pas toucher a la banque.

v.banque.

 

bloquer, v. a.remplacer provisoirement un signe typographique dont on manque par un autre de meme force. par extension, manquer, faire defaut, faillir. bloquer le mastroquet, c'est ne pas payer le marchand de vin.

 

boche (tete de boche), s. f.tete de bois. ce terme est specialement applique aux belges et aux allemands, parce qu'ils comprennent assez difficilement, dit-on, les explications des metteurs en pages, soit a cause du manque de vivacite intellectuelle, soit a cause de la connaissance imparfaite qu'ils ont de la langue francaise et de leur impardonnable ignorance de l'argot typographique.

 

boeuf, s. m.colere, mecontentement; synonyme de chevre. v.ce mot. ajoutons cependant que le boeuf est un degre de mecontentement plus accentue que la chevre. le boeuf est une chevre a sa plus haute puissance. gober, avoir un boeuf, etre contrarie, se mettre en colere.

 

boeuf, s. m.composition de quatre ou cinq lignes qu'un compagnon fait gratuitement pour son camarade momentanement absent. s'emploie presque exclusivement dans les journaux. on disait autrefois tocage.

 

boeufier, s. m.facile a mettre en colere; qui gobe facilement son boeuf.

 

boire de l'encre. c'est la situation facheuse a laquelle parait reduit un frere qui, invite a prendre sa part d'une consommation, arrive quand la fiole a ete videe rubis sur l'ongle. dans son desappointement, il ne manque pas de s'ecrier: est-ce que vous croyez que je vais boire l'encre? non, car on fait alors porter aussitot une autre fiole.

 

boite, s. f.imprimerie, et particulierement mauvaise petite imprimerie. c'est une boite, dit un vieux singe; il y a toujours meche, mais hasard! au bout de la quinzaine, banque bleche. casse. faire sa boite, c'est distribuer dans sa casse. pilleur de boites ou fricoteur, celui qui prend, a l'insu ou au detriment de ses compagnons, et dans leurs casses, les sortes de caracteres les plus courantes dans l'ouvrage qu'il compose, et qui manquent au pilleur ou qu'il a deja employees. v.planquer les sortes.

 

bon, s. m.epreuve sur laquelle l'auteur ecrit: bon a tirer, c'est-a-dire bon a imprimer. cette epreuve est lue une derniere fois, apres l'auteur, par le correcteur en seconde ou en bon.

 

bon (avoir du), v.avoir de la composition non portee sur le bordereau, et qu'on garde pour la compter a la prochaine banque. c'est le contraire du sale.

 

bonhomme (faire), v.se dit, au jeu des cadratins, quand l'un d'eux, par un hasard inoui, reste debout. ce coup merveilleux annule le coup de bleche.

 

bonnet, s. m.espece de ligue offensive et defensive que forment quelques compositeurs employes depuis longtemps dans une maison, et qui ont tous, pour ainsi dire, la tete sous le meme bonnet. rien de moins fraternel que le bonnet. il fait la pluie et le beau temps dans un atelier, distribue les mises en pages et les travaux a ceux qui en font partie d'abord, et, s'il en reste, aux ouvriers plus recemment entres qui ne lui inspirent pas la crainte. le bonnet est tyrannique, injuste et egoiste, comme toute coterie. il tend, dieu merci! a disparaitre; mais c'est une peste tenace.

 

boulage, s. m.rebuffade, refus.

 

bouler, v. a.refuser, mal accueillir, repousser.

 

boulotter, v.intr. manger, aller boulotter, c'est aller prendre son repas. cette expression est commune a d'autres argots.

 

bourdon, s. m.omission d'un mot, d'un membre de phrase ou meme d'une phrase. ces omissions exigent souvent un grand travail pour etre mises a leur place quand la feuille est en pages et imposee dans les chassis. v.jacques (aller a saint-), aller en galilee, en germanie.

le bourdon defigure le mot ou la phrase d'une facon plus ou moins complete. on raconte que la guerre de russie, en 1812, fut occasionnee par un bourdon. le redacteur du journal de l'empire, en parlant d'alexandre et de napoleon, avait ecrit: "l'union des deux empereurs dominera l'europe." les lettres sont ion furent omises, et la phrase devint celle-ci: "l'un des deux empereurs dominera l'europe." l'autocrate russe ne voulut jamais croire a une faute typographique. avouons-le tout bas, nous sommes de son avis; car les trois lettres tombees au bout d'une ligne c'estÉ phenomenal.

l'exemple suivant n'est que comique: il montre que le bourdon peut donner quelquefois a de risibles quiproquos; nous copions textuellement une lettre adressee au directeur du grand dictionnaire:

"monsieur, accoutume a trouver dans votre encyclopedie tout ce que j'y cherche, je me suis etonne de ne pas y voir figurer le mot matrats, qui est pourtant un mot francais, puisqu'il se trouve dans le fragment de la patrie que je joins a ma lettre. agreez, etc."

voici maintenant le passage du journal auquel il est fait allusion:

"la ceremonie etait imposante. toutes les notabilites y assistaient; on y remarquait notamment des militaires, des membres du clerge, des matrats, des industriels, etc."

m.x*** ne s'etait pa apercu du bourdon d'une syllabe et s'etait torture l'esprit a chercher le sens de matrats, quand un peu de perspicacite lui eut permis de retablir le mot si francais de magistrats.

 

bourdonniste, s. m.celui qui fait habituellement des bourdons.

 

bourreur de lignes, s. m.ouvrier qui compose particulierement des lignes pleines ou courantes, telles que celles des journaux, des labeurs, des brochures, etc. se prend en bonne ou mauvais part. un bon bourreur de lignes est celui qui compose habituellement et vite la ligne courante. dire d'un ouvrier qu'il n'est qu'un bourreur de lignes, c'est dire qu'il n'est propre qu'a ce genre de besogne, qu'il ne pourrait faire ni titres, ni tableaux, ni d'autres travaux exigeant une parfaite connaissance du metier.

 

bouteille a l'encre, s. f.nom que l'on donne a l'imprimerie en general, a cause de la difficulte que presente la verification des comptes, lorsque les corrections d'auteurs sont nombreuses.

 

briquet (battre le). v.battre.

 

briser, v.intr. mettre bas, cesser le travail. se dit particulierement dans les commandites.

 

brisure, s. f.suspension momentanee de travail accordee aux compositeurs des journaux vers le milieu de leur besogne. au rappel, la pige dure six heures avec une brisure d'une demi-heure a dix heures. la grande brisure est la cessation definitive du travail, le journal etant acheve.